Un environnement capacitant

espaces

L’environnement capacitant : une dynamique circulaire

par Corinne Laval

L’idée d’environnement capacitant trouve ses origines dans le cadre conceptuel de l’approche par capacités de l’économiste Amartya Sen . Ses premiers travaux ont porté sur le domaine de la pauvreté et du sous-développement, puis ceux de l’emploi, de la formation, et de la politique sociale des pays riches. La théorie de Sen s’appuie sur l’idée de capabilités. Il s’agit pour lui de distinguer les capacités des capabilités.

Lorsqu’on parle de capacités on est du côté du savoir-faire et des compétences d’un individu, les capabilités s’inscrivent dans une logique du pouvoir être et du pouvoir faire.

Pierre Falzon en tant qu’ergonome s’intéresse aux questions de santé et de bien-être essentiellement dans le monde du travail. Ses travaux ont eu un retentissement dans le champ du handicap, et ont apporté un éclairage différent à la notion d’accessibilité. Il définit l’environnement capacitant comme un environnement qui permet aux personnes de développer de nouvelles connaissances et compétences, d’élargir leurs possibilités d’action, leur degré de contrôle sur leur tâche et sur la manière dont ils la réalisent, c’est-à-dire leur autonomie. L’environnement comprend évidemment l’espace physique et son agencement, mais aussi les ressources (objets, supports d’information, médiation humaine) et l’organisation de cet environnement (gestion du temps, des responsabilités).

Falzon distingue trois points de vue sur la notion d’environnement capacitant :

  • Un point de vue préventif : un environnement non délétère pour l’individu, qui préserve les capacités futures d’action.
  • Un point de vue universel : prend en compte les différences interindividuelles et favorise l’intégration, l’inclusion.
  • Un point de vue développemental : c’est environnement qui permet le développement de nouvelles compétences et de nouveaux savoirs, et l’élargissement des possibilités d’action et du degré de contrôle sur la tâche et sur l’activité. Il favorise l’autonomie et contribue au développement cognitif des individus et des collectifs.

C’est le troisième point de vue qui nous paraît le plus convenir au milieu de l’éducation et de la formation, et par là même à nos CDI. Un environnement capacitant serait alors un environnement favorable au pouvoir d’agir des individus (Fernagu Oudet, 2012). Il s’agit de penser l’environnement en terme de ressources utiles, de possibilités données mais également de réfléchir aux moyens offerts aux individus afin qu’ils mobilisent leurs capacités pour exploiter cet environnement. Falzon emploie l’expression « pouvoir d’agir ». Plutôt que la compétence visée, nous sommes du côté du désir, de l’envie, ce qui peut traduire dans le champ des sciences de l’éducation par la motivation mais également de la possibilité de se mettre en acte. Un environnement capacitant doit susciter l’envie d’apprendre, donner la possibilité d’exercer ses compétences et d’en acquérir de nouvelles.

Falzon P., Mollo V. (2009), “Pour une ergonomie constructive : les conditions d’un

travail capacitant”, Laboreal.

Fernagu-Oudet S. (2011), « Des organisations pour apprendre », Spécificités n° 9, Paris.

Fernagu Oudet, S. (2012) « Concevoir des environnements de travail capacitants :
l’exemple d’un réseau réciproque d’échanges des savoirs », Formation emploi, 119

Grosjean, P . (2000) «La pensée d’Amartya Sen sur le développement». Revue Quart Monde, N°176 – Le droit de participer Année 2000 Revue Quart Monde document.

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